Un plan potager débutant, dans mon cas, aurait tenu sur une feuille de brouillon et m’aurait épargné deux saisons. Je ne l’ai pas fait. J’ai acheté des plants au marché en avril, je les ai mis en terre là où il restait de la place, et j’ai passé l’été à me demander pourquoi la moitié ne donnait rien.
Voici le plan que je referais, et les raisons de chaque décision.
Avant de dessiner : mesurer le soleil
La première chose à faire n’est pas d’acheter des graines. C’est de passer une journée de mai à noter, toutes les deux heures, où tombe l’ombre. J’ai découvert la quatrième année que le coin où j’avais mis mes tomates recevait quatre heures de soleil, pas sept. Le mur du garage projette une ombre qui tourne et que je n’avais jamais regardée sérieusement.
Six heures de soleil, c’est le seuil en dessous duquel les tomates, les courgettes et les poivrons n’ont pas de sens. Les salades, les herbes, les épinards et la plupart des fleurs comestibles s’accommodent de trois à quatre heures. Ce simple relevé réorganise un plan tout seul.

Le plan potager débutant que je referais, en quatre zones
Je raisonne par besoin en eau plutôt que par famille botanique, parce que c’est l’arrosage qui prend du temps au quotidien.
Zone 1, la plus ensoleillée et la plus arrosée : tomates, courgettes si la place existe, basilic au pied des tomates. Un arrosage copieux tous les deux jours en juillet.
Zone 2, ensoleillée et sèche : thym, sarriette, romarin, origan. Ces plantes supportent mal l’excès d’eau et détestent se trouver à côté de la zone 1. Mes deux premiers pieds de thym sont morts noyés, pas de sécheresse.
Zone 3, mi-ombre : salades à couper, persil, ciboulette, épinards au printemps et à l’automne. C’est la zone la plus productive en rapport surface-récolte et personne ne la réclame jamais.
Zone 4, la bordure : les fleurs comestibles. Capucines, bourrache, soucis. Elles tiennent le bord, attirent les pollinisateurs, et se récoltent sans marcher dans les planches. C’est là que mes soucis se ressèment seuls depuis trois ans.
Les outils, qui tiennent dans un seau
Une petite fourche à main, un transplantoir, un sécateur, un arrosoir à pomme fine, une paire de ciseaux de cuisine pour les salades à couper. Un seau, qui sert à tout. Voilà ce que j’utilise réellement sur six mètres carrés.
Ce que j’ai acheté et qui dort : une griffe à trois dents trop large pour mes planches, un plantoir à bulbes dont je me sers une fois par an, et un pulvérisateur que je n’ai jamais rempli puisque je ne traite rien. Si je devais recommencer, je prendrais les cinq premiers outils et rien d’autre la première année.

Les cinq erreurs qui m’ont coûté le plus
- Avoir semé en pleine terre des graines qui demandaient un semis en godet. Les courgettes de mars ont pourri sur place.
- Avoir planté trop serré. Un plant de tomate a besoin de soixante centimètres de tous les côtés, pas de trente. Serrés, ils font de l’oïdium.
- N’avoir prévu aucun passage. On ne peut pas récolter sans marcher, et un sol tassé par les pieds ne produit plus rien pendant deux ans.
- Avoir tout semé en même temps. Trois semis de salades espacés de trois semaines donnent trois mois de récolte. Un seul semis donne quarante salades à manger en dix jours.
- Avoir cru que je trouverais le temps d’arroser à la main tous les soirs. Je ne l’ai pas trouvé. Un paillage épais fait la moitié du travail.
Ce que je sème et ce que j’achète en plant
Je sème en place tout ce qui lève vite et supporte le froid : salades, radis, épinards, persil, et les fleurs de la bordure. C’est moins cher et il n’y a pas de transplantation à gérer.
J’achète en plant ce qui demande de la chaleur et une avance de deux mois : tomates, basilic, et les rares fois où je tente un poivron. Faire ses propres semis de tomates suppose une fenêtre très lumineuse en mars, que je n’ai pas. Trois plants achetés quatre euros au marché m’évitent six semaines de soucis et de tiges filées.
Entre les deux, les courges et les courgettes se sèment en godet à l’intérieur mi-avril. Je ne le fais plus faute de place, mais c’est simple quand on a la surface.
Ce qui ne figure pas sur un plan et qui compte autant
La hauteur. Une rangée de tomates plantée au sud d’un carré de salades met ces salades à l’ombre à partir de juillet. Sur un dessin vu de dessus, ça ne se voit pas. Je note maintenant la hauteur attendue à côté de chaque culture, et je range du plus bas au sud au plus haut au nord.
Le calendrier aussi. Une case occupée par des épinards en avril est libre en juin, et peut recevoir des haricots. Sur six mètres carrés, cette rotation dans l’année vaut plus que n’importe quelle astuce de culture. C’est ce qui permet à un si petit jardin gourmand de produire quelque chose de mars à octobre.
Combien de temps ça prend réellement
Trente à quarante minutes par semaine d’avril à juin, pendant la période d’installation. Puis une quinzaine de minutes par jour en été, arrosage compris, dont la moitié passée à regarder sans rien faire d’utile.
Je dis ça parce que les chiffres qu’on lit ailleurs sont soit héroïques soit décourageants. Six mètres carrés bien pensés, c’est moins de travail qu’un chien.
Pour les questions techniques qui dépassent mon expérience, sols, rotations, besoins des espèces, les ressources publiques de l’INRAE valent mieux que mes observations de bordure de garage. Moi, je sais ce qui a poussé chez moi, à Colmar, derrière un mur orienté plein sud. C’est tout, et c’est déjà une information.